Quand je serai grande, une appli pour l’égalité

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Qu’est-ce qu’une idole ? Quelles valeurs peut-elle véhiculer dans la société et dans l’esprit des jeunes enfants qui la portent au firmament ? Autant de questions que se sont posées trois étudiantes en graphisme à l’heure de concevoir une nouvelle application. Mais pas n’importe quelle application. Quand je serai grande ambitionne de rendre justice à dix femmes d’exception plongées, à tort, dans les méandres de l’oubli. Et plus, si affinité.

Quand je serai grande est une application éducative dédiée aux enfants de 10 – 12 ans. Développée sur tablette par une équipe de trois étudiantes parisiennes de LISAA (qui forme aux métiers des arts appliqués), elle présente l’histoire d’une dizaine de femmes qui ont marqué l’histoire mondiale au travers de récits interactifs et ludiques. Mais pourquoi s’attarder sur un outil apparemment si simple et classique ? C’est dans la démarche fondatrice du projet que Le Zéphyr puise l’intérêt de cette chronique. Tenter, par le biais d’un medium vidéo ludique, d’interpeller le public sur la question de la représentation des femmes dans la société tout en proposant aux jeunes filles un modèle de pensée différent des schémas classiques… voilà de quoi piquer la curiosité de la rédaction. Amandine Crépin, cofondatrice de Quand je serai grande, assure qu’il s’agit avant-tout de « faire découvrir aux enfants de nouveaux modèles inspirants » et de donner aux petites filles l’opportunité de « s’imaginer aventurière, scientifique ou aviatrice aussi bien que princesse ou danseuse et participer ainsi à la déconstruction de stéréotypes ».

Concrètement, lorsque l’utilisateur active l’application, il se retrouve face à un choix de dix histoires. Couvrant un large pan de l’histoire de l’humanité, Quand je serai grande donne accès aux portraits d’une dizaine de femmes qui ont marqué leur époque. Chaque portrait se développe sous la forme de scénettes contées par un narrateur. Animés et interactifs, les panneaux reprennent la logique d’une pièce de théâtre où chaque personnage apporte des informations, livre des anecdotes, précise un point. Ici, le potentiel technique des tablettes est exploité au mieux. Outre les éléments et les animations annexes, certains effets sont véritablement bluffants. Ainsi, dans le portrait d’Hagnodikè (première femme ayant exercé librement la médecine, dans la Grèce antique), l’utilisateur a la possibilité de gonfler les voiles d’une galère grecque en soufflant sur les capteurs de la tablette.

Teaser de Quand je serai grande

Penser la place des femmes

Aux origines du projet, un livre a motivé les trois étudiantes en graphisme et renforcé leur conviction. Dans son Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses, Catherine Dufour s’attaque à cette tendance toujours en vogue de réduire les petites filles au statut de princesses  en devenir (ou de femmes de ménage) et les petits garçons à celui de cowboy. Pourquoi une femme ne pourrait-elle pas être une aventurière, une chirurgienne ou une championne de course automobile ? L’ouvrage se décline en une cinquantaine de fiches-métier ouvrant sur deux portraits : celui d’une pionnière et celui d’une femme actuelle. Des indications pratiques comme les « études conseillées », le “salaire en début de carrière” ou “l’espérance de vie” accompagnent le texte. « Nous trouvions intéressant de porter cette série de portraits dans la mesure où seuls des hommes parsèment les pages des manuels scolaires. Au début, nous pensions même travailler avec l’auteure pour adapter son ouvrage et, au fil du temps, le projet a évolué », assure Marie Leprince, l’une des trois conceptrices de l’application.

Dans ce petit panthéon féministe, les grands noms côtoient les anonymes. Les créatrices de l’application ont à cœur d’offrir une vraie visibilité à des femmes qui échappent encore à la mémoire collective. Rappeler ce qu’a été le parcours de Marie Curie, c’est bien. Instruire les enfants en leur faisant découvrir la vie de Valentina Terechkova, c’est encore mieux. « Nous avons travaillé dans le but de replacer ces figures historiques dans la culture populaire et permettre aux enfants de prendre connaissance de leurs parcours respectifs », affirment les trois étudiantes. Si, pour l’heure, une dizaine de portraits est en cours de développement, d’autres pourraient suivre dans les mois et les années à venir. Les profils ne manquent pas.

L'égalité à l'épreuve des préjugés

Bien que le sujet de l’égalité femmes-hommes ne soit pas au cœur des discussions au sein de leur promotion, les trois étudiantes restent mobilisées et livrent un constat lucide. « Dans notre filière, la parité est plutôt respectée », affirme Marie Leprince. Cette observation n’est cependant pas de mise dans tous les cursus. Ainsi les branches dédiées au jeu vidéo et au développement, sont-elles majoritairement occupées par des hommes. Ici, rien à voir avec le niveau scolaire ou de quelconques notions de prédisposition. La composition des promotions est directement influencée par les connotations sexuées et les idées reçues véhiculées par les disciplines. Amandine précise, à ce titre, que « dans certaines sections comme la mode, la majorité des étudiants sont des femmes, et, malgré cela, les plus grands noms restent des hommes ». « Ça ne reflète absolument aucune réalité du terrain, poursuit-elle. Énormément de filles ont du talent, mais elles passent simplement à la trappe. »

Convaincre le public de la pertinence d’une démarche est un combat, une lutte de tous les instants. Mais persuader le corps enseignant du bien-fondé d’une action se révèle parfois tout aussi ardu. À l’heure d’entamer les premiers travaux et l’analyse du concept, il y a un an, Amandine et ses consœurs ont été confrontées à un blocage : les idées reçues. « Quand nous avons présenté le projet à certains profs, ils ont opposé un veto en assurant qu’ils ne présenteraient jamais cette appli à leurs propres enfants », avouent-elles avant d’ajouter qu’elles ont même « entendu dire qu’il ne fallait pas parler de féminisme aux enfants parce qu’ils ne comprennent pas les choses comme ça ». Fidèles à leur ligne directrice, elles ont su adapter leur discours et concrétiser les premiers portraits pour finalement convaincre leurs enseignants de la pertinence de leur approche. « Aujourd’hui, les avis ont changé. Les professeurs ont été rassurés par l’évolution du projet, par le discours et le développement des premiers portraits. »

Sujet éminemment voisin de leur engagement, la place des femmes dans les médias interpelle les trois étudiantes. Pour elles, il y a une marge claire entre la visibilité d’une présentatrice et l’intervention d’une femme dans le cadre d’un débat. À ce titre, Marie tient à saluer l’initiative des Expertes qui, depuis quelques mois, ont lancé un annuaire précieux (que la rédaction du Zéphyr consulte régulièrement et qu’elle recommande chaudement à celles et ceux qui voudraient vraiment donner la parole aux expertes de disciplines variées). Pour elle, « le site des Expertes est super intéressant dans la mesure où il met en lumière des talents et des sources qui passeraient presque inaperçu sans ce site. C’est une belle initiative et il devrait y en avoir plus du genre ». Outre la question de la valorisation des femmes dans l’espace public, Amandine, Marie et Alice mettent en avant des personnalités de toutes origines sociales et ethniques. « L’identification doit pouvoir être possible. Et bien que l’application s’appelle Quand je serai grande, les petits garçons peuvent également y puiser des modèles et des inspirations. Ils peuvent tout autant s’inspirer des femmes présentées. » Quitte à remettre en question certains délires comme la théorie des genres…

Pour l’heure, l’application traverse une batterie de tests en conditions réelles. Ses conceptrices poursuivent leur travail de préparation. Et si vous souhaitez en savoir plus sur le concept, n’hésitez pas à suivre les aventures de Marie, d’Amandine et d’Alice sur Twitter.

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A propos de Jérémy Felkowski

De sa passion pour les médias et leur évolution, il tire une farouche volonté de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière. Véritable bête de travail, il peut rédiger jour et nuit, et ne loupe rarement l’occasion de prendre un micro pour narrer l’histoire de son bébé médiatique qu’il partage avec ses collègues. Afin de fidéliser son auditoire, il n’hésite pas à lâcher des jeux de mots et des blagues qu’il pourrait largement revendre à Carambar.